«Nous ne sommes pas des adeptes de la théorie du complot»
Lundi 15 Septembre 2008 - Le Courrier
(Genève)
SIMON PETITE Actuel 11-SEPTEMBRE - Qui a détruit les tours jumelles? De plus en plus de personnes
s'interrogent. Rencontre avec le président de l'association «le 11
septembre en question».
Alors que les Etats-Unis commémoraient le 7e anniversaire des attentats,
un sondage montrait que seules 46% des personnes interrogées dans
dix-sept pays croyaient à la culpabilité d'Ousamma Ben Laden (lire
ci-dessous).
Après les doutes de l'actrice oscarisée Marion Cotillard, le comique
français Jean-Marie Bigard a déclaré à la radio que c'était un
«missile américain» qui avait frappé le Pentagone et que les tours
jumelles
avaient été démolies de façon «contrôlée». L'humoriste est ensuite
revenu sur ses propos et a présenté des excuses. Ces sorties prêtent
à sourire mais elles témoignent d'un mouvement de fond dans l'opinion.
Sur internet, de nombreux sites ont pris le relais du Français
Thierry Meyssan qui, dans son best seller L'effroyable imposture (2002),
affirmait que les attentats avaient été fomentés par «une faction
du complexe
militaro-industriel» étasunien. En Suisse, à l'image du professeur
d'histoire bâlois Daniele Ganser, ce sont des universitaires qui
font part de leurs doutes. Pour leur donner un
écho, une association nommée le «11 septembre en question» a été
créée en février dernier. Elle revendique une centaine de membres
et est
présidée par Richard Golay, un ingénieur et conseiller communal
vert à Pully. Rencontre.
Quand avez-vous commencé à avoir des doutes sur la version
officielle des attentats du 11 septembre?
Richard Golay: J'ai lu le livre de Thierry Meyssan, quelques
mois après sa sortie en 2002. En m'intéressant davantage au sujet,
je suis tombé sur les thèses de Jean-Pierre Petit, un scientifique
français aujourd'hui à la retraite. J'ai ensuite appris qu'il
y avait eu une conférence à Manhattan. C'était, je crois, en
2005. Les participants
dénonçaient les déclarations rassurantes des autorités, alors
que de la poussière d'amiante s'était dégagée des tours. Ils
s'interrogeaient
aussi sur l'attaque contre le Pentagone.
Quels sont les buts de votre association?
Nous voulons susciter
un vrai débat public. Les attentats du 11 septembre ont été
le prétexte pour l'invasion de l'Afghanistan
et de l'Irak, qui ont fait des centaines de milliers de morts.
Ils ont aussi provoqué un raidissement autoritaire des démocraties
occidentales.
Est-ce à dire que le sujet est tabou?
En
Suisse, je ne crois pas. Depuis la création de l'association, nous
avons eu un bon écho dans les médias. Rien à voir avec
la France, où on jette l'anathème sur tous ceux qui remettent
en
doute la culpabilité
d'al-Qaïda. Mais, pour l'instant, le débat reste au niveau
sociologique – que révèlent ces doutes de nos sociétés –
alors qu'il s'agit
d'un débat technique. Ainsi, ce n'est pas avec des points
de vue ou des
opinions qu'on élucidera l'inexplicable effondrement de la
tour numéro 7 du World Trade Center, un bâtiment de 47 étages
situé
au pied des
tours.
Quelle est votre théorie?
Le
building n'a été frappé par aucun avion et il s'est effondré
sept heures après les deux tours. Aucune construction de
cette sorte ne s'est jamais effondrée à la suite d'un incendie.
Plusieurs
spécialistes de la démolition contrôlée pensent plutôt que
la tour
no 7 a été détruite à l'aide d'explosifs, ce qui suppose
de placer les charges plusieurs jours à l'avance. Le bâtiment
abritait
des bureaux du FBI et de la CIA, un centre retranché pour
le
maire de New York
ainsi que la commission de contrôle des opérations boursières.
Il était donc très sécurisé. La question d'une complicité
se pose donc fatalement.
L'effondrement de cette tour no 7 est devenu votre principal
argument. Est-ce parce que Thierry Meyssan, selon qui aucun
avion ne s'est
écrasé sur le Pentagone, a été depuis passablement discrédité?
Thierry
Meyssan a pris des coups pour tout le monde. Son livre
est sorti très tôt après le drame du 11 septembre. Il
avait un
côté blasphématoire. Il n'empêche que les doutes de Meyssan
sur le Pentagone restent d'actualité. De nombreux groupes
aux Etats-Unis
s'en sont emparés. Meyssan avait l'autre tort d'avoir beaucoup
écrit
contre
les excès des gouvernements israéliens. Il a été traité d'antisémite. Avouez que votre association prête elle aussi le flanc à
la critique. A vous lire, cinq Israéliens au «comportement
suspect»
ont
été arrêtés le 11 septembre pour être relâchés et rapidement
renvoyés
dans leur
pays.
Cette arrestation est une information avérée. Le journal
israélien Haaretz en a fait état le 17 septembre 2001.
Nous ne faisons que porter à l'attention du public des
faits oubliés.
Nous n'en tirons
aucune conclusion hâtive. D'autant qu'il s'agit d'un détail
par
rapport à l'ampleur des autres éléments troublants. Il
est tout aussi absurde
de nous taxer d'antiaméricanisme primaire. Car c'est aux
Etats-Unis que les groupes militant pour la réouverture
de l'enquête sont
le plus actif. Ce genre d'accusations vise à empêcher tout
questionnement.
Etes-vous des adeptes de la théorie
du complot?
Je réfute cette qualification.
Le terme d'adepte renvoie
à une secte. Nous souhaitons au contraire ouvrir un débat,
qui, je
le répète, est scientifique et technique. Or nous avons
toutes les peines du monde à porter le débat sur ce
terrain. On
nous oppose
systématiquement des intellectuels comme Pierre-André
Taguieff (lire notre édition du
22 août), qui nous traite d'illuminés. L'historien prétend
qu'il y a infiniment plus de conspirations imaginaires
que réelles. Mais
sur quoi se base-t-il? Le propre d'un complot réussi est
justement de ne pas s'ébruiter.
L'absence de preuve d'une conspiration pour provoquer
ou laisser faire les attentats du 11 septembre prouverait
donc que le
complot a réussi?
Je ne veux pas entrer dans ce débat.
Je
le répète, nous
souhaitons seulement que les scientifiques et les experts
qui doutent de la version officielle soient entendus.
Si l'enquête
est réouverte,
il appartiendra ensuite à la justice de trancher.
Qui est derrière ces attentats?
Chacun a sa conviction intime
mais je ne vous donnerai pas la mienne. J'outrepasserais
mon rôle. Notre
association vise simplement
à ce que chacun puisse aboutir à sa propre conclusion.
Itinéraire d'une «effroyable imposture» -
RODERIC MOUNIR
Pour certains, c'est l'acte
fondateur des théories conspirationnistes sur le 11-septembre.
Pour d'autres, tels l'association du Romand Richard
Golay (lire ci-dessus), c'est un ouvrage de référence dont
les informations n'ont toujours pas été démenties de manière
convaincante.
En mars
2002, six mois seulement après les attentats de New York,
L'Effroyable imposture
sort en librairie. La presse française se déchaîne, mais
le succès est foudroyant: traduit en vingt langues, l'ouvrage
s'écoule
à 200 000 exemplaires en quelques semaines. S'appuyant
sur les photos
du
crash pour relever les «incohérences» de la version officielle,
Thierry Meyssan, fondateur du Réseau Voltaire (un organe
indépendant
qui
a notamment enquêté sur le Front national et l'Opus Dei)
présente une
thèse explosive: aucun avion ne s'est écrasé sur le Pentagone.
Le 11-septembre serait un «coup de palais», soit la prise
de pouvoir par l'extrême
droite militaire (représentée au gouvernement par Donald
Rumsfeld) et le lobby pétrolier (vice-président Dick
Cheney en tête). Avec Le Pentagate, Thierry Meyssan persiste
et signe: c'est un missile de l'armée étasunienne qui a frappé
le
Pentagone.
Et Ben Laden n'est pas l'ennemi des Etats-Unis, loin de là.
Face à ces thèses «révisionnistes», la réplique s'organise.
Dans L'Effroyable
mensonge: thèses et foutaises sur le 11 septembre, les journalistes
Guillaume Dasquié et Jean Guisnel démontent la méthode Meyssan:
pas d'investigation sur le terrain, rumeurs amplifiées, déformations
grossières,
etc. Dans L'Effroyable imposteur, la politologue et militante
anti-intégriste Fiammetta Venner soulève quant à elle le
voile sur des aspects
méconnus
du personnage Meyssan. Franc-maçon issu d'une famille conservatrice
et ancien militant du Parti radical de gauche – il a fait
partie des staffs de Bernard Tapie et Christiane Taubira
–, Meyssan, avec
qui
l'auteure a partagé certains combats, se serait appuyé sur
un «réseau d'experts plutôt douteux, composé d'un officier
des renseignements
poursuivi par la justice (Pierre-Henri Bunel), d'un commissaire membre de la direction générale des renseignements
généraux (Hubert Marty-Varance), d'un passionné d'espionnage
(Stéphane Jah) et d'un conspirationiste d'extrême droite
(Emmanuel Ratier)».
Depuis, le Réseau Voltaire a connu quelques soubresauts:
en 2005, des membres de son conseil d'administration ont
claqué la porte,
dénonçant
le fonctionnement autocratique et la dérive idéologique de
Meyssan.
Car L'Effroyable imposture, selon Fiammetta Venner, trône
désormais dans certaines librairies du monde arabe «entre
le Protocole
des Sages de Sion et Mein Kampf». Thierry Meyssan ne serait
plus le militant
pro-laïcité et anti-FN qui a valu sa crédibilité au Réseau
Voltaire. Son anti-impérialisme viscéral conduirait Meyssan
à soutenir
les dictatures du Proche-Orient (Syrie, Iran), pays où
il est devenu très populaire
en multipliant les conférences. Une vidéo qui circule sur
internet le montre analysant l'intervention israélienne
de 2006 au Liban,
sur le site controversé «La Banlieue s'exprime», aux côtés
de Dieudonné
et Alain Soral (respectivement humoriste et essayiste ex-communiste,
considérés comme antisémites et ralliés au FN). Bref, Thierry
Meyssan ferait aujourd'hui partie de l'axe rouge-brun (antisémite
d'extrême
gauche) que dénoncent des intellectuels comme Pierre-André
Taguieff, Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy ou Philippe
Val de Charlie
Hebdo.
Ce qui n'empêche pas le Réseau Voltaire de poursuivre son
travail, malgré les tentatives (réelles ou supposées)
de mettre son
site en veilleuse - voltairenet.org est régulièrement
inaccessible. Thierry
Meyssan a ainsi récemment publié un article intitulé
«Opération Sarkozy: comment la CIA a placé un de ses agents à la
présidence
de la République
française», tandis qu'un roman-photo qui vient d'être
mis en ligne ironise sur les excuses publiques présentées par
Jean-Marie
Bigard.
L'an dernier est paru «L’Effroyable imposture 2», simultanément
en français et en arabe. Meyssan y analysait l'intervention
israélienne
au Liban en 2006 et le rôle des Etats-Unis, d'Israël
ou de la France
dans le «remodelage du Grand-Moyen-Orient».
UNE OPINION MONDIALE SCEPTIQUE -
SIMON PETITE
- L'université
du Maryland a interrogé 16 063 personnes dans 17 pays
à propos du responsable
des attentats du 11 septembre.
- Dans neuf pays seulement une majorité des
sondés pensent qu'al-Qaïda est à l'origine des attaques.
- Ceux qui croient le plus à la version officielle
sont les Kenyans (à 77%) et les Nigérians (71%).
- Seuls 32% des Chinois pensent que Ben Laden
est derrière les attaques du 11 septembre.
- 64% des Allemands interrogés, 63% des Français,
57% des Britanniques et 56% des Italiens penchent pour la culpabilité
du réseau terroriste.
- Mais 23% des Allemands voient la main du
gouvernement étasunien derrière les attaques. Ils sont 15% des
Italiens, 8% des Français et 5% des Britanniques à penser ainsi.
- Au Moyen Orient, 43% des Egyptiens, 31%
des Jordaniens et 19% des Palestiniens incriminent Israël.
- En moyenne, 46% seulement des personnes
interrogées citent al-Qaïda, 15% le gouvernement étasunien,
7% mettent en cause l'Etat hébreu et
7% parlent d'un autre commanditaire.
25% des sondés ont dit n'avoir aucune idée de qui est
derrière le 11 septembre.
Version
papier
_____________________________________________________________________
Notes de lectures (VIGLI.ORG)
Nous invitons le lecteur
à garder l'esprit critique. Le texte de R.
Mounir
"Itinéraire d'une effroyable imposture" appelle aux commentaires suivants
(texte transmis par Arno Mansouri des éditions Demi-Lune)
:
L’excellente interview de M. Richard Golay (président de l’association suisse
pour la réouverture de l’enquête sur le 11/9) est réalisée par Simon
Petite. Outre la reprise d’un sondage international sur la perception
publique des vrais responsables des attentats, elle est accompagnée
par un article rédigé, lui, par Roderic Mounir. Si l’interview est
intéressante, l’article "Itinéraire d’une ‘Effroyable Imposture" l’est
beaucoup moins. En tout cas, il est extrêmement révélateur: prétendant
revenir sur l’itinéraire du livre fondateur de M. Thierry Meyssan,
il détourne habilement le titre du livre pour que le titre de l’article
s’applique non plus au 11-Septembre comme le voulait Meyssan mais au
livre lui-même ! Un procédé déjà utilisé à deux reprises par Dasquié & Guisnel (L’Effroyable Mensonge) et par Mme Fiammetta Venner (L’Effroyable Imposteur).
On y lira le sempiternel et unique argument de Mme Venner qui "prouve"
que M. Meyssan est bien le diable en personne, le fils caché de Hitler
en somme: lors d’un voyage en Egypte, elle a découvert le livre L’Effroyable
Imposture dans
une librairie aux côtés du Protocole des Sages de Sion et de Mein
Kampf. C’est effectivement un argument massue, d’une portée inouïe...
Autre argument de poids: M. Meyssan a été vu en compagnie de Dieudonné
et interviewé par M. Soral; le journaliste en conclut donc dans
une logique absconse qu’il ferait partie d’un redoutable axe
“rouge-brun”. Nous invitons le journaliste à lire les deux dernières
interviews
de
M. Meyssan (1) et (2) sur
reopen911.info et à réfléchir au véritable danger que représente
respectivement pour la paix mondiale l’alliance d’un
comique noir avec un intellectuel rouge "passé" et un humaniste
ostracisé (qui tous trois prônent la paix et le dialogue entre
les peuples)
en rapport avec les "intellectuels" qu’il cite, va-t-en guerre,
toujours prêts à en découdre avec l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran,
le Soudan
et
la Chine, voire maintenant la Russie.
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