L’humanité Dimanche:
Après les attentats du 11/9 - Pourquoi l’Amérique doute
?
par Marc de Miramont pour l’Humanité Dimanche, paru le 14 septembre
2008
Phénomène impensable au lendemain du 11 Septembre, de plus en plus d’Américains
ne croient plus en la vision restreinte et en la version officielle
des attentats qui ont changé la face du monde. Les mensonges sur les
armes de destruction massive, prétexte à une guerre meurtrière, et
le travail d’une commission d’enquête controversée ont largement contribué
à semer le doute.
Faut-il rouvrir le "Dossier" du
11 Septembre 2001? Vu de France. La question paraîtrait presque saugrenue,
tant le débat sur les attentats qui ont bouleversé la face du monde
est englué, depuis les ouvrages d’un certain Thierry Meyssan (1), dans
les méandres des théories du complot, d’accusations d’arrière-pensées
anti-américaines, voire pire, antisémites (2). Tant, aussi, les questions
dérangeantes ont été portées, dans la sphère médiatique tout du moins,
par des personnalités publiques peu au fait du "dossier" et des enjeux complexes liés à la "guerre mondiale contre le terrorisme" : l’actrice Marion Cotillard a assimilé ses doutes vis-à-vis de la version officielle
aux fantasmes sur la mort de Coluche (un "assassinat" suggère-t-elle) et aux illuminés qui prétendent que personne n’a marché sur
la Lune. La ministre du Logement Christine Boutin, interrogée en novembre
2006 sur la complicité éventuelle du gouvernement Bush, lâchait quant
à elle cette phrase, frappée du bon sens populiste: "Je pense que c’est possible. Je sais que les sites qui parlent de ce problème
ont les plus gros taux de visites (…). Cette expression de la masse
ne peut pas être sans aucune vérité."
Pourtant, loin des habituels tenants de la "théorie
du complot", il est indéniable qu’un nombre croissant d’hommes politiques (républicains,
et démocrates), d’universitaires, de scientifiques, d’ingénieurs, de
pilotes et de professionnels du renseignement disent ne plus croire
que les pirates de l’air aient pu agir sans complicités internes ou
externes.
Trois prétendants à l’élection présidentielle (la « verte
» Cynthia McKinney, le démocrate Dennis Kucinich, le républicain Ron
Paul) ont promis, en cas de victoire, la réouverture de l’enquête.
D’anciens ministres européens (Michael Meacher en Grande-Bretagne,
Andreas Von Bülow en Allemagne), des eurodéputés (l’italien Giulietto
Chiesa) ont publiquement apporté une caution "politique" à des thèses considérées comme farfelues. Des dirigeants en exercice (Hugo Chavez,
Mahmoud Ahmadinejad…), des officiels russes (comme l’ancien chef d’état-major
des armées Leonid Ivashov) ont aussi relayé la thèse du "terrorisme manipulé", manière de renvoyer les États-Unis à leur propre propagande, et accessoirement
de régler leurs comptes avec l’"axe du bien". Outre-Atlantique, des "figures" du spectre politique ont fait la même analyse. "Comment les contrôles de sécurité des aéroports ont-ils pu être défaillants quatre
fois en quelques minutes, [est-il possible] que des pirates de l’air
qui étaient de piètres pilotes aient réussi des manœuvres aériennes
que même des pilotes de chasse chevronnés se déclarent incapables d’accomplir
?" s’interroge Paul Craig Roberts, ancien sous-secrétaire d’État au Trésor (administration
Reagan). "Certes il reste la possibilité, aussi improbable soit-elle, qu’Allah ait doté
les pirates de l’air d’une chance inouïe … Nous savons également, ajoute-t-il,
que l’administration Bush a envisagé de mener des opérations sous fausse
bannière."
Deux exemples parmi d’autres: à deux mois du lancement
de la guerre en Irak, George W. Bush, doutant fortement que les inspecteurs
de l’ONU découvrent la moindre trace d’armes de destruction massive,
réfléchissait à l’envoi d’appareils U-2 américains "déguisés" en avions des Nations Unies pour survoler l’espace aérien irakien, en espérant
une riposte de Saddam Hussein susceptible de déclencher le conflit
(3). Plus récemment, au mois de juillet, le célèbre journaliste américain
Seymour Hersh révélait comment, selon ses informations, le vice-président
Dick Cheney prévoyait de faire construire de faux bateaux iraniens dans les chantiers navals américains et d’ouvrir le feu sur la propre
flotte de la Navy, afin de précipiter la guerre avec l’Iran. L’opération,
même si elle a été abandonnée de justesse parce qu’elle aurait couté
la vie à des soldats américains, révèle les possibles "manipulations" aujourd’hui discutées au plus haut niveau de la Maison-Blanche. Un cynisme que
Karl Rove, ancien stratège de George W. Bush, avait ramassé dans une
célèbre formule : "Nous sommes un empire maintenant. Et lorsque nous agissons, nous créons notre
propre réalité." (4)
Impensable pour de nombreux Américains au lendemain du
11 Septembre, la sincérité du gouvernement dans sa lutte contre Al-Qaïda
est aujourd’hui discutée à voix haute. Une coalition de "whistle-blowers"(5), réunissant des agents du renseignement américain réduits au silence par
l’administration Bush, s’est formée autour de l’ex-traductrice du FBI
Sibel Edmonds, pour revendiquer leur droit à démontrer les dérives
de la "guerre contre le terrorisme" et les failles dans la sécurité nationale. Certains ont le verbe plus libre
: "Je suis forcé d’admettre", a écrit l’ancien officier de renseignement du corps des marines Robert Steele, "qu’au minimum on a laissé se produire le 11 Septembre afin de servir de prétexte
de guerre." D’autres, comme l’ancien analyste de la CIA (sous George Bush père) Ray McGovern,
l’ancien agent de terrain Robert Baer ou l’ancien directeur du bureau
d’analyse politique de la CIA William Christison, arrivent à des conclusions
similaires. "Toute l’histoire officielle du 11 Septembre n’est qu’une série de mensonges,
et la politique américaine, intérieure comme extérieure, s’est basée
sur ces mensonges", affirme ce dernier.
Le rapport officiel de la commission d’enquête sur les
attentats, publié le 22 juillet 2004, n’a rien fait pour dissiper les
doutes. Pilotée par la Maison-Blanche, l’enquête dirigée par Philip
Zelikow, un proche collaborateur de Condoleezza Rice, a systématiquement
évité les questions dérangeantes et les témoins contredisant les déclarations
de George W. Bush, Dick Cheney ou Donald Rumsfeld. À la sortie du rapport,
les voix du sénateur Max Cleland, qui a quitté la commission en raison
du refus répété de l’administration Bush de collaborer à l’enquête,
ou celle du sénateur démocrate Mark Dayton, qui a fustigé la gravité
des mensonges répétés du Pentagone, n’ont guère troublé une Amérique
plongée dans le duel électoral George Bush-John Kerry et divisée sur
la question de la guerre en Irak.
"Il existe tellement de lacunes dans les thèses
officielles sur le 11 Septembre qu’il n’en reste aucune synthèse vraisemblable
et cohérente. Et jusqu’à ce jour, nous avons continué à tituber de
l’avant comme si la vérité sur ces événements traumatisants ne présentait
plus d’intérêt ", écrit Richard Falk, professeur émérite de loi internationale à l’université
de Princeton, nommé cette année rapporteur spécial de l’ONU dans les
territoires palestiniens (6).
Nombre de familles de victimes des attentats, qui réclament
elles aussi une nouvelle enquête, attendent en vain une véritable réponse
judiciaire pour enfin tourner la page. Comprendre pourquoi sept ans
après, malgré les promesses initiales de Colin Powell ou de Tony Blair,
deux invasions, en Irak et en Afghanistan, justifiées par le 11 Septembre,
Oussama Ben Laden n’est toujours pas officiellement inculpé par le
FBI. Khalid Cheikh Mohammed, le cerveau présumé, est actuellement jugé
devant un tribunal militaire, après avoir avoué sa culpabilité sous
la torture, ainsi que sa participation à 17 opérations terroristes
dans le monde. Sans procès, à l’ombre du droit international, des individus
suspectés de "terrorisme" disparaissent dans l’archipel des prisons secrètes de la CIA, y compris en Europe
(7).
L’absence de véritable procès et d’enquête impartiale
autour de cet événement fondateur a certes donné la fièvre aux théoriciens
du complot ainsi qu’aux extrémistes de tout poil. Chacun, dans les
nombreuses zones d’ombre de la version officielle, y construit sa propre
histoire ou y introduit ses propres fantasmes. Le grand historien américain
Howard Zinn (NdT : lire ci-dessous), tout en soutenant l’idée d’une
nouvelle enquête, craint qu’on ne connaisse jamais la vérité. Si l’histoire
du terrorisme d’état lui donne probablement raison, rien ne devrait
empêcher, dans une démocratie, de poser des questions.
(1) Dans un ouvrage vendu à plus de 300 000 exemplaires
en 2002, le président du Réseau Voltaire, Thierry Meyssan, affirmait
qu’aucun avion de ligne ne s’était écrasé sur le Pentagone.
(2) "Marion Cotillard et les complots" par
le "philosophe" Robert Redeker "le Monde", 29 mars 2008.
(3) "Le deal Bush-Blair révélé dans un
mémo secret", "The Guardian", le 3 février 2006.
(4) "Foi, certitude, et la présidence de
George W. Bush", par Ron Suskind, "New York times", 17 octobre 2004.
(5) Quelqu’un qui "informe" de
l’intérieur.
(6) En préface du livre de David Ray Griffin "Le
Nouveau Pearl Harbor", publié aux éditions Demi-Lune.
(7) "L’archipel des prisons secrètes de
la CIA", par Giulietto Chiesa, "le Monde Diplomatique", août 2008.
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Encadré :
LE 11 SEPTEMBRE 2001
UNE "OPPORTUNITÉ EN OR" POUR
L’ADMINISTRATION BUSH
PAR HOWARD ZINN, HISTORIEN AMÉRICAIN, AUTEUR DU SEST-SELLER
"
UNE HISTOIRE POPULAIRE DE l’AMÉRIQUE"
Les mensonges de l’administration Bush sur les armes de
destruction massives, le travail bâclé de la commission d’enquête sur
le 11 Septembre, et plus généralement sur le fait que cette administration
soit probablement la plus secrète de l’histoire américaine ont contribué
à semer le doute.
Beaucoup d’intellectuels américains ne soutiennent pas
ceux qui affirment que le gouvernement a délibérément organisé les
attaques du 11 Septembre, mais ils accueillent la version officielle
avec beaucoup de scepticisme et constatent avec raison que cet événement
a été utilisé pour atteindre d’autres objectifs que la lutte contre
le terrorisme. Indéniablement, les "grands médias" ont lamentablement couvert cet événement et ont applaudi presque aveuglément
a la "guerre contre la terreur", aux invasions de l’Irak et de l’Afghanistan. De manière certaine, ces attentats
ont constitué une opportunité en or pour l’administration Bush afin
d’étendre la puissance américaine au Moyen-Orient, de mener a bien
le projet de bouclier antimissile et de restreindre les libertés individuelles.
Je soutiens évidemment toute enquête pour en savoir plus, même si je
ne pense pas que les énergies devraient se concentrer sur cette issue.
La question de savoir si l’administration Bush a participé ou non à
ces attentats ne sera probablement jamais tranchée. Alors que la manière
dont ces attentats ont été utilisés, la fausse "guerre contre la terreur" et les invasions injustifiées ont davantage de chances de réveiller et de mobiliser
la population américaine.
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Notes de ReOpenNews
Cet article de l’Humanité Dimanche constitue une première
dans la presse nationale française, et ReOpen911 remercie ce journal
pour son approche objective et équilibrée, exposant simplement, sans
passion et de façon factuelle les raisons du questionnement légitime
sur le 11 Septembre.
En effet, malgré quelques rares initiatives récentes comme
celle de David Abiker sur France-Info, ou le débat organisé par France-24 - avec les conséquences que l’on sait pour le journaliste de la
chaine qui l’a organisé - il faut bien reconnaître que le thème du
11/9 en France est soit totalement ignoré, soit mentionné comme l’œuvre
de révisionnistes (voire négationnistes) ou de conspirationnistes pressés
de désigner les coupables dans l’administration américaine. De fait
il faut aller lire la presse étrangère comme Le VIF (L’Express en Belgique),
la Tribune de Genève ou l’Hebdo en Suisse, la presse italienne qui
a d’une manière générale plébiscité le film ZERO de l’euro-député Giulietto
Chiesa, le Monde Diplomatique en Norgève, BBC News en Angleterre, le
Deutch Welle en Allemagne, ou encore la télévision russe qui a diffusé
ce même film ZERO, pour mesurer l’ampleur du mouvement pour la vérité
sur le 11/9 de ce côté-ci de l’Atlantique, ou du moins connaitre son
existence et ses objectifs, à savoir la réouverture d’une enquête internationale et indépendante sur le 11 Septembre.
Jusqu’à présent, seuls certains sites d’information dits "alternatifs" comme
Rue89, AgoraVox, ou ContreInfo osaient publier des articles invitant
au débat sur ce sujet. Souhaitons désormais que d’autres grands médias
français s’inspirent de cette initiative historique de l’Humanité DImanche
et se décident enfin à relayer au niveau national les questions légitimes
et pacifistes de centaines de milliers de citoyens sur le 11 Septembre
2001. Il en va de la crédibilité des médias français et de l’équilibre
de ce 4ème pouvoir dont nos démocraties ne peuvent se passer.
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